martes, 11 de mayo de 2010

L'Argentine face à ses vieux démons


Le Figaro. 05/05/2010

INTERVIEW - Avec le polar «Dans ses yeux», Juan José Campanella mène l'enquête au cœur du Buenos Aires des dernières années du péronisme.

Il a réalisé quelques épisodes de Dr House, et aurait pu s'en satisfaire. Mais en bon cinéaste argentin qui se respecte, Juan José Campanella a toujours gardé la foi, tournant quatre films en ­Argentine ces quinze dernières années. Bien lui en a pris: il vient de recevoir l'oscar du meilleur film étranger pour «Dans ses yeux», un thriller politique mêlé à une histoire d'amour. Rencontre avec un «oscarisé» qui s'apprête à vivre une nouvelle aventure cinématographique, son premier film d'animation en 3D.


LE FIGARO. - Avez-vous été surpris de remporter l'oscar en février devant le favori «Le Ruban blanc» d'Haneke?

Juan José CAMPANELLA. - Je pensais n'avoir aucune chance mais trois semaines avant la cérémonie, la revue «Entertainment Weekly» nous donnait gagnant! Le plus étonné a été Hugh Laurie que j'ai dirigé dans plusieurs épisodes de la série Dr House. Il savait que je tournais des longs-métrages en Argentine mais de là à imaginer que je pouvais recevoir la statuette! L'oscar ne va pas changer ma vie mais la carrière du film à l'étranger. À l'exception de l'Argentine. «Dans ses yeux», sorti en août de l'année dernière, y a remporté un succès historique. Le public argentin a été sensible à cette histoire d'amour classique, à ce thriller ancré dans le contexte politique de 1974, dont on n'avait jamais encore parlé dans notre cinéma.

Votre héros, Benjamin Esposito, mène l'enquête sur un crime perpétré à Buenos Aires en 1974, pour la reprendre, vingt-cinq ans après, afin d'en écrire un roman. 1974, c'est l'année de la mort de Juan Peron…

Dans les films récents comme dans l'histoire officielle, on évoque souvent les horreurs de la dictature militaire. Un gamin né en Argentine en 1983, année du retour à la démocratie, croit que tous nos problèmes ont débuté le 24 mars 1976, avec le coup d'État de la junte militaire. Je voulais montrer que le terrorisme avait commencé bien avant avec la Triple A, l'Alliance anticommuniste argentine, une sorte d'escadron de la mort paramilitaire, créé par le gouvernement et composé de policiers, de voleurs, d'assassins. Comme je le montre dans le film, la Triple A opérait depuis le ministère des Affaires sociales et fut très active lors de la «guerre sale» entre pro et antiperonistes.

Vous aviez 17 ans en 1976. Votre famille a-t-elle fait partie des victimes de la dictature?

Non, grâce à Dieu, nous avons été épargnés. En seize ans de dictature, il y a eu 30 000 disparus. Dans ma famille nous n'étions pas au courant. C'était inimaginable. À l'époque de la commission sur les disparitions, on a eu connaissance de toutes les tortures médiévales pratiquées… J'ai appris que, à 300 mètres de chez moi, l'école de sous-officiers de la police devant laquelle je passais tous les jours était en réalité un camp de concentration.

Vous vous destiniez à devenir ingénieur comme votre père. Qu'est-ce qui vous a poussé à devenir cinéaste?

J'ai abandonné mes études d'ingénieur en quatrième année après avoir vu, «All That Jazz» de Bob Fosse .J'ai pris des cours de cinéma à New York, à la Tisch School of the Arts. J'ai vécu pendant vingt ans aux États-Unis où j'ai tourné mes deux premiers longs-métrages The Boy Who Cried Bitch en 1991 et Love Walked en 1997. Mais ce dernier a été un tel échec que, pour me ressourcer entre deux épisodes de séries télés américaines telles que New York District ou Dr House, je retournais en Argentine pour réaliser mes films. J'ai monté il y a trois ans une boîte d'effets spéciaux à Buenos Aires qui va me permettre de concocter mon premier film d'animation en images de synthèse, dans le style des œuvres de Pixar ou Dreamworks.

No hay comentarios: